"(souvenir du monde flottant) veduta, crystal 1", 2015

graphite sur papier, 90 x 120 cm

"(Souvenir du monde flottant), veduta, crystal 2", 2015

graphite sur papier, 90 x 120 cm

"(Souvenir du monde flottant), veduta, autoportrait", 2016

graphite sur papier, 120 x 180 cm

"(Souvenir du monde flottant), Veduta, bézoard", 2016

graphite sur papier, 90 x 120 cm

« Les cabinets de curiosités constituent des théâtres de la mémoire de l’homme sur le monde où les classifications entre le naturel et l’artificiel, l’organique et l’inorganique, se combinent aux arrangements esthétiques. Ces compositions qui décrivent notre rapport au monde et qui, de ce fait, ne cessent de fluctuer, sont mises à l’épreuve par la création

artistique. Certains artistes imitent les pierres et leur présentation dans les cabinets de curiosités comme autant de mises en abîme, à l’image de Jean-Philippe Roubaud.

 

La série « Souvenir du monde flottant » [2015], dédiée aux minéraux,est réalisée au graphite, élément natif présent dans la croûte terrestre ou dans les météorites et utilisé en peinture depuis les temps préhistoriques. Tout droit sorties d’un cabinet de curiosités imaginaire, ces vitrines minéralogiques sont truffées de détails iconographiques et symboliques. Cristaux et bézoards apparaissent en abondance évoquant la valeur narrative du cabinet de curiosités et la relativité de la connaissance humaine. Les bézoards, corps étrangers que l’on retrouve dans l’estomac de certains mammifères, ont été des objets très convoités pour leurs vertus curatives et alchimiques jusqu’au milieu du XVIIIe siècle alors que les cristaux, d’abord considérés comme un objet de curiosités ont permis d’appréhender, grâce à l’étude de leur structure, la composition de l’atome. Le titre de cette série (« ukiyo-e ») désigne d’ailleurs les estampes japonaises décrivant l’impermanence et la relativité de toute chose. Dans ce monde des apparences où tout n’est que leurre et illusion la valeur sombre et métallique  du graphite appelle à la mélancolie. Cette série constitue une interprétation contemporaine du memento mori, rappelant le caractère éphémère,

précaire et transitoire de la condition humaine. »

 

Rebecca François

extrait du catalogue « le pouvoir précieux des pierres »,

pour l’exposition au Musée d’Art Moderne et d’Art Contemporain de Nice, janv.2015

© Jean-Philippe Roubaud.